Entre les mariages et les deuils

Puis est venue l’année 1960. J’avais 44 ans, je venais à peine de me remettre de ma dernière grossesse. Je me sentais encore jeune, j’étais fière et pleine d’ambition. J’aimais sortir, m’amuser, marchander, voir du monde, aller aux nouvelles, placoter. C’est cette année –là que Bernard, Lise et Édith se sont mariés.

C’était dans l’ordre des choses, ils étaient adultes et devaient à leur tour nous quitter pour fonder leur propre famille. On a été à l’église et on a fêté, c’était trois belles fêtes, mais le problème est que je ne les avais pas vus grandir….. C’était comme si eux, adultes, me rattrapaient.

Certes, la vie à la maison n’avait pas toujours été rose. Le caractère singulier de chacun des enfants, les problèmes cardiaques de mon homme, les chicanes, le travail, la faillite, les peurs et les humiliations, tout cela avait eu raison de 23 ans de rêves et de bonnes résolutions.

Leur départ à tous les trois me laissait une impression de vide, d’inachevé. Je n’avais pas été une mère très disponible, gardant pour moi une grande liberté. J’avais profité du fait que Gilles aime cuisiner pour être toujours en affaires, jusqu’à considérer la famille comme une entreprise et le budget de la maison comme une priorité. Quand ils sont partis tous les trois, je me suis rendue compte que je ne les avais pas vus s’éloigner.

Les années 60 ont vu mourir ma mère, puis mon père. Je n’ai jamais voulu être une charge pour les miens, je n’ai jamais aimé les lamentations, j’ai toujours eu la foi. Quand je suis tombée en dépression, je suis juste allée à l’hôpital pour me reposer.

Ces moment difficiles m’ont appris mes limites, mais aussi qu’on peut tout surmonter en croyant à la vie.

Nous avons par la suite vécus à la même place pendant six ans avant de déménager à Québec en 1974, chez Michel. Mais ne nous sommes pas restés. Nous sommes revenus à Shawinigan, là où étaient mes sœurs, avec Luc et Claude qui n’avaient pas fini leurs études. Et deux ans plus tard, Marc nous a offert un appartement bien à nous.

Les enfants avaient tous grandis, avaient tous réussi, j’étais bien obligée de le reconnaître et j’étais fière d’eux. Toutes ces années de travail n’avaient pas été vaines. Et même si j’avais pris l’habitude de dormir chez les uns et les autres, même si je me sentais bien partout où j’accrochais mon chapeau, j’étais heureuse d’avoir enfin un endroit à moi.

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